La Creuse Agricole 04 février 2016 à 08h00 | Par Dr Didier Guérin

Le bâtiment, domaine de risque sanitaire

En matière de gestion sanitaire, les facteurs favorisants peuvent être classés en cinq domaines de risques : l'alimentation, l'état sanitaire, la gestion du troupeau, la relation mère-veau et... le bâtiment.

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Deux études en veaux laitiers en station expérimentale et en engraissement de taurillons mettent en lumière le caractère exponentiel du risque respiratoire quand la densité animale augmente. Pour les taurillons, passer de 4,5 m² par bovin à 4 m² multiplie par 2 la fréquence des maladies respiratoires, le passage à 3,5 m² la multiplie par 4.
Deux études en veaux laitiers en station expérimentale et en engraissement de taurillons mettent en lumière le caractère exponentiel du risque respiratoire quand la densité animale augmente. Pour les taurillons, passer de 4,5 m² par bovin à 4 m² multiplie par 2 la fréquence des maladies respiratoires, le passage à 3,5 m² la multiplie par 4. - © GDS Creuse

Les grippes, les diarrhées néonatales, les mammites... sont autant de pathologies où le facteur bâtiment peut intervenir. Le bâtiment d'élevage, c'est aussi et d'abord un facteur de bien-être animal dont le respect constitue une composante majeure de la prévention des différentes pathologies. S'assurer de l'état sanitaire et de l'efficacité d'un bâtiment représente une base de notre concept « Le sanitaire... j'adhère ! ».

Les composantes d'un bâtiment à explorer
Déterminer si un bâtiment est sain ou non passe par l'examen de 3 critères principaux :
- La propreté des animaux et l'hygiène générale du bâtiment.
- Les paramètres d'ambiance intégrant la notion fondamentale de ventilation.
- Les facteurs de contamination avec désinfection, dératisation, local d'infirmerie...
D'autres éléments comme l'éclairement, les courants électriques sont aussi à investiguer.

Des animaux propres sur une litière saine
L'état de propreté des animaux est appréciable à partir de la « grille de notation de la propreté des bovins » (voir illustration) proposée par l'Institut de l'élevage. Elle permet de caractériser la salissure des animaux et de quantifier le risque sanitaire associé.
Dans le cas d'une stabulation paillée, une température de litière trop élevée favorise la multiplication bactérienne et constitue un facteur de risque en matière de mammites ou de diarrhées néonatales. Lorsqu'elle dépasse 36 °C à 10 cm de profondeur, le curage du bâtiment s'impose. La norme de paillage est de 1 kg par 100 kg de poids vif et par jour.

Un « espace de vie » de vos animaux à respecter
En lien avec leurs besoins physiologiques, psychologiques et comportementaux, les animaux ont besoin de disposer d'une superficie minimale, ce qui correspond au respect d'une densité maximale (nombre d'animaux/m2). Au-delà, on observe une diminution des performances et une augmentation des pathologies (cf. illustration pour les pathologies respiratoires) et des interactions agressives, d'où les préconisations de surface par animal. Pour le calcul de cette surface par animal, les surfaces souillées comme les lieux de passage, les zones proches des lieux d'abreuvement ou de prise de nourriture, les couloirs paillés... sont à exclure pour obtenir le total disponible par animal. Les surfaces inoccupées sont également retranchées d'où l'importance de l'observation des animaux au repos. La surface de couchage minimale pour une vache est de 6,5 m². L'« espace de vie » minimal pour un couple mère/veau est de 11 m².

De l'air sans courants d'air dans une zone de température favorable
Les marqueurs d'une mauvaise ambiance et surtout d'une hygrométrie trop élevée sont : bois noircis ou qui pourrissent, poteaux ou tôles rouillées, pelage mouillé des animaux, « pluie » dans le bâtiment issue de la condensation... Un couple « mère/veau » rejette entre 15 et 20 litres d'eau par jour soit pour une stabulation abritant 100 vaches avec leurs veaux, 1 500 à 2 000 litres d'eau à évacuer chaque jour ! Se trouvent également dans un bâtiment d'élevage des éléments polluants, provenant des animaux ou de leur environnement : ammoniac, gaz carbonique, agents infectieux, poussières... La teneur en ammoniac doit être inférieure à 5 ppm, ce qui correspond à une odeur à peine perceptible.
Les bovins craignent davantage le chaud que le froid. Leur « zone » de confort se situe entre 10 et 20 °C et s'adaptent facilement entre -5 °C et +25 °C s'ils sont bien nourris et si les autres conditions d'ambiance sont satisfaisantes. La « zone » de confort pour les veaux nouveau-nés est de 7 à 25 °C et de 5 à 25 °C pour les veaux de 15 jours à 1 mois.

- © Idéle

Des entrées et sorties d'air à mesurer, une ventilation à contrôler
Les entrées et sorties d'air sont à comparer en se référant aux recommandations pour le type de bâtiment. L'utilisation d'un fumigène permet de visualiser la ventilation. Le temps de renouvellement d'air doit rester inférieur à 5 minutes. Mais l'évacuation doit se faire sans courants d'air, un accroissement de la vitesse de l'air de 1 m/s correspond à une sensation de baisse de température qui peut atteindre 3 ou 4 °C. La vitesse de l'air qui doit être recherchée est de 0,5 m/s pour les adultes et de 0,25 m/s pour les veaux. Ceci correspond à une vitesse à peine perceptible. Le volume d'air disponible par animal ne doit pas être trop important, la ventilation par effet vent ne peut alors se réaliser. Il ne doit pas être insuffisant, le renouvellement d'air ne permet pas alors une évacuation suffisante de l'eau produite par les animaux. Si des anomalies sont repérées, faîtes faire une « visite bâtiment ».

Un rôle du bâtiment dans la contamination des animaux à limiter
Le bâtiment d'élevage doit permettre une protection des animaux des contaminations. La désinfection contribue à réduire la pression d'infection exercée sur les animaux par les bactéries, virus, moisissures et parasites présents dans leur environnement. Elle est précédée d'un nettoyage approfondi et suivie d'un vide sanitaire. Elle fait partie des mesures à mettre en place dans tout bâtiment d'élevage ayant présenté une pathologie au cours de la saison hivernale (diarrhées néonatales, omphalites, coccidioses...). Elle est à associer à la lutte contre les insectes et les rongeurs. Les oiseaux (volailles, pigeons...) peuvent contaminer les aliments et sont donc à proscrire des bâtiments d'élevage. L'existence d'un box « infirmerie » différent du box de vêlage et du box à veaux limite les contaminations entre animaux malades et sains.

Un bâtiment « lumineux » non-conducteur
L'éclairement est un paramètre utile et facile à contrôler. Lorsqu'il est excessif, il crée un « effet de serre » dans le bâtiment en majorant les amplitudes de température entre le jour et la nuit. S'il est insuffisant, d'une part, les UV ne jouent pas leur rôle « désinfectant » et asséchant de litière, d'autre part, la croissance et la fertilité peuvent être affectées. Les recommandations sont de 10 % de surface de translucides par rapport à la surface du toit.
Si l'examen des animaux suggère un dysfonctionnement électrique, des tests électriques seront à réaliser. Il sera vérifié que l'ensemble des pièces métalliques en contact avec les animaux est bien relié à la terre, qu'il n'existe pas de différence de potentiel décelable et que le fonctionnement des disjoncteurs différentiels est adéquate.

Le bâtiment d'élevage, un facteur de risque à anticiper
La stabulation peut être un facteur de risque de maladie. L'action préventive débute dès la conception avec un respect des recommandations allié à une intégration dans son milieu. Elle se poursuit, lors de mise en évidence d'inadaptation, par un diagnostic permettant de déterminer les mesures correctives à apporter. Elle se déroule dans la continuité par le respect des mesures sanitaires de base. Pour plus de renseignement, contactez-nous et venez nous rencontrer lors de notre prochaine journée « portes ouvertes », le 12 mars.

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