La Creuse Agricole 04 octobre 2017 à 08h00 | Par A.M.

La nécessité d’un débat plus raisonné

Dans une note publiée en juillet 2017 et mise en avant le 20 septembre, en présence de la députée LREM Sandrine Le Feur, la Fondation Concorde rappelle l’urgence d’une approche dépassionnée et rationnelle de l’utilisation des produits phytosanitaires. L’exemple du glyphosate, dont l’interdiction pourrait être votée prochainement, illustre parfaitement cette problématique.

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Intervention de Sandrine Le Feur, députée du Finistère (LREM).
Intervention de Sandrine Le Feur, députée du Finistère (LREM). - © Actuagri

« Nous évaluons le coût d’une interdiction de cette molécule à 976 millions d’euros pour le seul secteur agricole », indique une note de la Fondation Concorde, publiée en juillet 2017, et étudiant les impacts de l’interdiction du glyphosate. À l’occasion d’un petit-déjeuner organisé le 20 septembre par la fondation, avec la députée LREM du Finistère Sandrine Le Feur – par ailleurs agricultrice –, les points clés de cette note ont été présentés par Olivier Babeau, vice-président de la fondation et coordonnateur de l’étude. Premièrement, le glyphosate s’avère, en l’état actuel des choses, irremplaçable sans surcoût, au niveau financier comme environnemental. En effet, une seule application de la molécule est nécessaire, contre plusieurs pour d’autres désherbants, tous moins performants. Le produit permet également de ne traiter que les mauvaises herbes présentes et développées. L’alternative du désherbage mécanique est en revanche coûteuse en temps, en ressources et en émission de CO2, d’autant plus que plusieurs passages sont nécessaires. Par ailleurs, le glyphosate permet de réduire le labour, rappelle la Fondation Concorde, or le sans labour limite l’érosion du sol, réduit les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’énergie. Au coût général de la fin du glyphosate pour l’agriculture, chiffré par Arvalis à 976 millions d’euros, s’ajouteraient donc des problèmes de tassement des sols liés à l’augmentation du nombre de passages mécaniques, d’érosion, de bilan carbone, de charge de travail pour l’agriculteur et de perte de compétitivité. Sans compter deux autres risques mentionnés par la fondation : un recul des surfaces cultivées qui impacterait les paysages, et une remise en cause des agences sanitaires qui alimenterait la défiance des citoyens envers la science.

Contexte peu favorable au débat raisonné
Car si malgré l’avis des agences sanitaires, la France devrait voter non à la ré-autorisation du glyphosate, et interdire son utilisation sur son sol, c’est aussi parce que le contexte facilite les prises de décisions purement politiques, explique la fondation Concorde. Cette « question purement scientifique est contaminée par des polémiques et un contexte idéologique particuliers », indique la note, alors que « se développe une vague sans précédent de contestations face aux expérimentations scientifiques ». Cette vague s’explique, pour la fondation, par un « néo-rousseauisme » qui privilégie le « naturel » comme seul critère de bien, ainsi que par le développement d’une logique de réaction anti-scientifique, alimentée par une déformation du principe de précaution. « Un dernier élément qui alimente la polémique est la regrettable confusion entre danger et risque. Le danger correspond à un effet potentiel, ce qui peut par exemple permettre de classer en cancérogène probable ou certain la viande rouge, la charcuterie et l’eau chaude ! Le risque, lui, correspond à la combinaison d’un danger et d’une exposition », rappelle la note. Face à cette situation, la fondation Concorde préconise de mieux maîtriser la logique de surprotection, de redonner sa place à la science, et de promouvoir dans l’immédiat un encadrement des usages plutôt qu’une interdiction.

Une nouvelle surtransposition
Au-delà des conséquences liées à l’absence d’alternative, l’interdiction possible du glyphosate repose la question, récurrente, de la surtransposition française des normes en agriculture. Pour la députée Sandrine le Feur, productrice de céréales et de légumes bios, « en agriculture, les normes se superposent, on n’a pas de vision, on ne sait pas où on va ! », comme l’a montré l’exemple des poules en cages : les éleveurs ont investi des années, jusqu’en 2012, pour mettre aux normes leurs cages, alors que la demande sociétale aujourd’hui privilégie les œufs de plein air. À titre personnel, l’agricultrice, qui a créé un magasin de producteurs, n’a pas pu comme initialement prévu y adosser un laboratoire de transformation : « les normes sont trop fortes, ce n’est accessible qu’aux grands industriels », regrette-t-elle. Néanmoins, cette surprotection française peut s’avérer payante, ajoute-t-elle, « à condition que l’on puisse la valoriser derrière », comme pour le bio français, plus strict mais reconnu pour sa qualité. Pour autant, « il ne faut pas que la surtransposition entrave la compétitivité française », ce qui serait le cas avec l’interdiction du glyphosate, insiste la députée.

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