La Creuse Agricole 19 mars 2017 à 08h00 | Par MR

L’agriculture creusoise au féminin

À l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, mercredi 8 mars 2017, Mme Arrighi, sous-préfète d’Aubusson, s’est rendue chez trois agricultrices pour visiter leurs exploitations et parler de la place de la femme dans le monde agricole.

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Mme Arrighi, sous-préfete de la Creuse, a souhaité rencontrer trois femmes agricultrices aux parcours et aux productions variés, accompagnée de Pascale Durudaud, présidente de la commission départementale des agricultrices de la FDSEA. Ces visites avaient pour but de mettre à l’honneur les femmes du monde agricole.
La matinée a débuté chez Emilie Jouanny, agricultrice depuis 2016 en Gaec avec son compagnon et son beau-père sur la commune de La Courtine. Emilie n’est pas issue du milieu agricole, pourtant elle a toujours su, depuis son plus jeune âge, qu’elle souhaitait élever des vaches. Après des études agricoles, elle est embauchée comme salariée dans une coopérative. « La vie a fait que j’ai rencontré un agriculteur, j’ai eu des enfants et j’ai rejoint le Gaec, ça s’est fait naturellement. » À son installation, elle met en place un atelier de veaux sous la mère, ce qui a permis de sécuriser les revenus du Gaec en le diversifiant sans pour autant augmenter ni le cheptel de 80 mères limousines ni ses surfaces de 130 hectares. L’exploitation produisait exclusivement des broutards avant son arrivée. « Notre leitmotiv est de faire mieux plutôt que plus ». Mme Arrighi interroge Emilie : « pensez-vous qu’être une femme, dans ce milieu est un avantage ou un inconvénient ? » L’agricultrice répond tout naturellement : « Il y a quelques années, c’était un handicap. Aujourd’hui, c’est devenu une force ! Nous avons une approche différente des hommes, nous avons une autre sensibilité, tout en étant complémentaires. Les femmes sont nécessaires et doivent continuer à s’engager dans notre profession ». Cette jeune agricultrice de 35 ans était ravie de participer à cette journée « il faut qu’on communique sur notre métier, je referai volontiers une journée de la sorte si ça peut servir la cause des éleveuses et des éleveurs ».
Mme Arrighi s’est ensuite rendue à la chèvrerie du Buron des Alpines chez Christelle Dupradeaux. À la tête d’une exploitation individuelle sur la commune de Saint-Maurice-près-Crocq. Christelle s’est installé il y a 13 ans sur 5 hectares avec 150 chèvres, fille d’agriculteur, elle a repris l’exploitation de ces beaux-parents. Aujourd’hui, sa ferme atteint 60 hectares et en plus des chèvres, elle élève une douzaine de vaches allaitantes de race limousine. Mère de quatre garçons âgés de 20 à 2 ans, ces journées de femme, de mère et d’agricultrice sont bien remplies. Son mari, qui travaille à l’extérieur, lui donne un coup de main sur la ferme avant d’embaucher et à son retour du travail. La troupe de chèvres produit 50 000 L de lait collecté par la laiterie d’Auzances, 9 000 L sont réservés pour la transformation à la ferme. Christelle fabrique avec ce lait des fromages qu’elle commercialise directement à la ferme, ce qui lui permet de rencontrer et discuter avec ces clients, ce qu’elle adore !
La matinée de visite s’est clôturé chez Michèle Mazaud, agricultrice depuis trente ans sur la commune de Clairavaux. Ce métier, elle l’a pris par passion ou inversement, lorsqu’elle a rencontré son mari, Gilbert. En Gaec avec son époux et leur fils de 21 ans, Clément qui les a rejoint il y a 2 ans. Il représente la cinquième génération d’éleveurs. Michèle n’est pas issue du milieu agricole, fille de fonctionnaires, elle a connu les vacances dans sa jeunesse. Aujourd’hui, elles sont beaucoup plus rares, pas parce qu’elle n’a pas la possibilité de quitter son exploitation mais parce qu’elle n’aime pas en partir. « Je m’épanouis tous les jours grâce à mon métier ». Et puis elle l’avoue, elle a du mal à quitter ces animaux dont elle a la responsabilité : « J’ai toujours peur que quelque chose de grave arrive et qu’on ne soit pas là pour intervenir ». Elle s’occupe principalement des jeunes animaux : soins aux veaux, choix et dressage des génisses et taureaux destinés à être reproducteurs. « Quand je suis arrivée sur l’exploitation, j’ai souhaité participer au choix du renouvellement de nos vaches pour apporter de la docilité, à l’époque nous étions en plein air, et par la suite, ça nous a apporte une sécurité et un confort dans notre travail quotidien. Les potentiels acheteurs qui viennent sur l’exploitation peuvent circuler au milieu de nos bêtes et les toucher sans problème ». Leur exploitation représente 240 hectares et 130 vaches limousines inscrites au Herdbook Limousin, 50 % de leur chiffre d’affaire provient des ventes de reproducteurs (jeunes taureaux, génisses pleines et vaches suitées). Gilbert est très fier de son épouse : « Elle est très professionnelle et respectée par ces collègues masculins, elle a été pendant plusieurs années déléguée cantonale à la FDSEA dès son installation. Il n’y a aucun travaux agricoles qu’elle ne fasse pas, elle n’est pas cantonnée à la partie administrative, elle fait aussi du tracteur, les foins par exemple. Elle sait tout faire ! » D’ailleurs, Michèle nous l’avoue : « Au tout début, c’est le tracteur qui m’a le plus plu dans ce métier et seulement ensuite le côté animal ».
Cette matinée fut riche en témoignages, Mme Arrighi a pu constater à quel point ces femmes étaient pleines d’énergie et passionnées par leur métier. Les mentalités ont bien évolué, le monde agricole respecte et reconnaît ces femmes en tant que chef d’exploitation à part entière ! Ces trois agricultrices sont les preuves vivantes que les femmes ont leur place dans l’agriculture et sont à elles trois, un merveilleux exemple pour les générations futures.

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