La Creuse Agricole 29 octobre 2014 à 08h00 | Par A.M.

« L'agriculture, c'est important pour la France »

Dans l'interview qu'il a accordée, le Premier ministre Manuel Valls souhaite restaurer un climat de confiance avec les agriculteurs. Il demande à ce que de bonnes pratiques soient établies en matière de contrôle et que les procédures soient simplifiées et modernisées, mais dans le respect des engagements communautaires.

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- © JC Gutner

Avec le CICE et le pacte de responsabilité, vous lancez plusieurs chantiers. Le monde agricole est -il concerné ?
Manuel Valls : Oui, le monde agricole est concerné. Le secteur agricole et agroalimentaire est bien plus encore qu'une filière stratégique pour nourrir les Français : c'est un secteur économique majeur pour la France, c'est plus de 1,5 million d'emplois non délocalisables. Le Gouvernement compte sur les chefs d'entreprises agricoles et agroalimentaires pour relancer la croissance et lutter contre le chômage. Les outils que nous avons créés pour la compétitivité de notre pays les concernent donc totalement. Pour les seules exploitations agricoles, dès 2014, le CICE a représenté 260 millions d'euros et il s'élèvera à 390 millions d'euros en régime de croisière à partir de 2015. La baisse des cotisations familiales des exploitants représentera 160 millions d'euros supplémentaires à partir de 2015.

Comment percevez-vous la situation de crise que vit le monde agricole ?
M.V. : Je me déplace beaucoup dans le pays et je rencontre beaucoup d'agriculteurs, dont les situations sont très différentes. Un grand nombre d'entre eux me disent vivre une crise économique et morale. Je suis très attentif à ce message. Je les écoute et je veux leur répondre. J'étais encore au début du mois de septembre à Saint-Jean-d'Illac au rassemblement des Jeunes agriculteurs. Je comprends que les causes sont multiples. Les éleveurs, les céréaliers, les producteurs de fruits et de légumes, les vignerons, sont confrontés à des difficultés de marché, à des conditions climatiques exceptionnelles, à l'impact de l'embargo russe. La volatilité des marchés ou les accidents climatiques s'accentuent. Au-delà, je ressens une inquiétude croissante face aux réglementations européennes ou nationales, dans les domaines agricoles, environnementaux ou sociaux. J'entends aussi les protestations devant des contrôles et des sanctions en cas de manquements. Ils sont conscients de leur grande responsabilité envers l'environnement et envers les consommateurs. Ils sont soucieux de travailler pour vivre de leur métier et élaborer des produits de qualité, de respecter la terre qui les nourrit et d'avoir de bonnes relations avec leurs voisins. L'agriculture, c'est important pour la France, et pour les Français. C'est aussi un secteur d'avenir. Je veux donc restaurer un climat de confiance dans l'avenir de ce métier, conforter la diversité des exploitations agricoles et leur capacité à répondre à des objectifs économiques, environnementaux et sociaux.

Vocation pédagogique
Comment envisagez-vous de desserrer l'étau des complexités administratives qui suscitent des réactions si négatives dans le monde agricole ?
M.V. : Nous voulons avant tout redonner du sens à l'action de l'administration. Les contrôles ne doivent plus être vécus comme une agression. Ils doivent aussi retrouver leur vocation pédagogique et de conseil. C'est également important pour les contrôleurs. J'ai donc demandé que des bonnes pratiques soient établies, afin que ces contrôles se déroulent dans des conditions où chacun connaît et respecte les droits et obligations réciproques. Il faut enfin, partout où c'est possible, simplifier, moderniser des dispositifs qui se sont parfois accumulés. C'est un des chantiers ouverts à l'occasion des États généraux de l'agriculture de février dernier. J'ai demandé à Stéphane Le Foll, Ségolène Royal et François Rebsamen de le poursuivre. Cela doit se faire tout en étant vigilant sur le respect de nos engagements communautaires.

Comment voulez-vous procéder pour redonner confiance dans l'avenir aux agriculteurs français ?
M.V. : Tout d'abord en montrant que le président de la République et le Gouvernement sont aux côtés des agriculteurs : ils sont un atout stratégique pour notre pays ! Ce fut le cas lors de la négociation de la dernière réforme de la PAC. Grâce à la mobilisation du président de la République, le budget a été stabilisé pour les années à venir. Ce fut aussi le cas pour défendre et obtenir des moyens renforcés en faveur de la politique d'installation, véritable enjeu pour l'agriculture de demain. Les agriculteurs français sont certainement parmi les mieux formés dans le monde et donc les mieux à même d'adapter leurs modes de production aux évolutions des demandes des consommateurs et de la société. La production française bénéficie d'une image positive dans le monde entier et la demande va continuer de progresser en quantité et en qualité. L'agriculture est l'une des forces de la France dans la mondialisation. Nous devons la soutenir et l'encourager. Nous devons aussi, avec les professionnels, mobiliser les leviers pour créer des marges de compétitivité face à la concurrence européenne et internationale. Je le disais, c'est un des objectifs du CICE et du pacte de responsabilité. Mais c'est aussi le but du projet agro écologique qui permettra de réduire les achats d'engrais et de produits de traitement en utilisant des méthodes innovantes. Je suis convaincu du rôle essentiel de ce dispositif. C'est pour cela que j'ai demandé à Stéphane Le Foll et à Geneviève Fioraso, secrétaire d'État chargée de l'Enseignement supérieur et de la recherche, d'expertiser tous les outils et les moyens d'accompagnement pour développer l'innovation dans le secteur agricole afin de gagner en performance économique et environnementale.

 

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La suite est à lire dans la Creuse agricole et rurale du 24 octobre 2014.

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