La Creuse Agricole 16 février 2016 à 08h00 | Par Sophie Chatenet

André Bonnard : « La dernière main tendue au reste de la filière »

Secrétaire général de la FNPL, André Bonnard était en Auvergne, la semaine dernière. L’occasion de l’interroger sur le projet stratégique porté par la fédération en ces temps de turbulences.

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Producteur de lait dans la Loire, André Bonnard est secrétaire général de la FNPL.
Producteur de lait dans la Loire, André Bonnard est secrétaire général de la FNPL. - © SG

L’année 2015 a été compliquée pour les éleveurs laitiers. 2016 ne s’annonce guère meilleure. Y-a-t-il des indicateurs qui peuvent inciter à l’optimisme ?
André Bonnard : Les marchés mondiaux sont effectivement très dégradés. Mais le marché intérieur français se tient au niveau de la consommation et des prix. Au niveau de la FNPL, nous souhaitons que ce marché intérieur devienne le socle de base pour déterminer le prix du lait en France. Si le marché intérieur se maintient, en 2016, le lait devrait être payé entre 300 et 310 euros/1 000 litres au producteur. Par contre, si dans le cadre des négociations commerciales annuelles qui se déroulent actuellement entre les industriels et les GMS, les uns et les autres profitent du contexte mondial baissier pour diminuer les prix en France, nous pourrions tomber à des niveaux de prix payés aux producteurs de l’ordre de 270 euros/1 000 litres. Les prix étaient à ce niveau là en 2009. Sauf qu’entre temps, les coûts de production ont augmenté de 30 euros/1 000 litres. Nous voyons très bien que nous ne pourrons pas aller très loin avec ce type de stratégie. Les GMS ne pourront pas utiliser éternellement l’argument fallacieux de la défense du pouvoir d’achat des consommateurs, quand on sait que ces derniers mois, la baisse du prix du lait au producteur de 30 % n’a pas induit une baisse des prix à la consommation.

Les producteurs réclament avant tout de pouvoir vivre de leur produit. Ils l’ont dit et redit lors des récentes manifestations. Comment leur garantir un prix du lait qui couvre au moins leur coût de production ?
Deux ans après leur mise en œuvre, nous avons vu les limites des contrats. La clause de sauvegarde qu’ils prévoyaient initialement n’est pas appliquée. Aujourd’hui, il nous faut aller plus loin pour que chaque maillon de la filière soit rémunéré équitablement. C’est tout l’enjeu de la charte de valeurs qu’a initié et négocié la FNPL¹.
Cette charte vise à sceller entre les trois parties producteurs, transformateurs et enseignes de la distribution, deux grands objectifs : définir une répartition juste et équilibrée de la valeur ajoutée tout au long de la filière, et définir un plan de lutte contre la volatilité. Le premier objectif vise d’abord à obtenir un prix du lait payé aux producteurs qui couvre non seulement leur coût de production, mais qui leur permet d’atteindre un prix d’équilibre incluant la dynamique d’investissement sur les exploitations.

Comment s’assurer du respect de cette charte par l’ensemble des parties ?
Les acteurs engagés dans la charte vont devoir se plier à un minimum de transparence dans les relations commerciales en termes de prix, de volumes, de destinations. La FNPL a sollicité le médiateur des relations commerciales pour s’assurer que les pratiques sont conformes aux principes de la charte. Nous incitons les GMS et les industriels à adhérer à la charte d’ici la mi-février. Si tel n’est pas le cas, nous appellerons les producteurs à se mobiliser à nouveau. Que chacun est bien à l’esprit, qu’aujourd’hui le premier maillon de la filière, à savoir le producteur ne pourra pas être sans arrêt la variable d’ajustement.


1. Lors de la rédaction de la charte de valeurs, la FNPL s’est entourée des sécurités juridiques nécessaires pour que cette initiative ne soit pas taxée d’être contraire aux droits de la concurrence européens.

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