La Creuse Agricole 30 décembre 2015 à 08h00 | Par A.M.

Agissons ensemble !

Interview de Jacqueline Cottier, présidente de la Commission Nationale des Agricultrices (CNA).

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- © Actuagri

L'Assemblée Générale de la Commission Nationale des Agricultrices s'est tenue le 10 décembre à Paris. Jacqueline Cottier qui assure la présidence de la Commission depuis mars 2014 revient sur les sujets qui ont été abordés à cette occasion : La reconnaissance du travail des femmes sur les exploitations, via notamment la transparence des EARL, les travaux en cours et l'encouragement à la prise de responsabilité.

Comment ont évolué les problématiques des agricultrices depuis votre élection à la présidence ?
Le statut des agricultrices a changé, de même que la reconnaissance de leur travail au sein des exploitations. Si on prend l'exemple d'une EARL entre conjoints, il n'y avait pas de transparence des associés et le système ne comptait au final qu'une personne, au titre de la PAC. Le travail d'un des associés n'était donc pas pris en compte. Les femmes qui s'installaient généralement après leur époux, voyaient donc, dans les faits, leur installation minorée en importance par rapport à celle de leur mari. Ces différences de droits dans un même couple d'exploitants ont été résorbées et actées au 1er janvier 2015. C'est un travail qui a mis du temps mais c'est ce sujet à l'époque, qui m'avait donné envie de m'engager au sein de ma commission départementale. D'autres travaux ont ensuite été effectués, par exemple sur la durée des congés maternités. Celui des agricultrices était inférieur à celui des femmes de professions différentes.

Est-ce que ce point a été résolu ?
En partie uniquement. Même si la durée du congé maternité a été relevée, seules 55 % des agricultrices utilisent le service de remplacement. Cela nous laisse à penser qu'elle ne se donne pas le droit de bénéficier de ce congé et que certaines doivent poursuivre finalement leur activité professionnelle. Il existe un véritable danger de perdre cet acquis mais aussi un risque réel pour leur santé.

Comment s'articulent vos actions à la Commission des Agricultrices ?
Les membres du Conseil d'Administration de la CNA déterminent des pistes de travail sur les sujets qui préoccupent les agricultrices. Nous portons les dossiers au niveau national. Les commissions départementales et régionales les soutiennent à leur échelon. Les CDA et CRA s'impliquent également sur un certain nombre d'actions locales en élaborant des partenariats, en informant, en communiquant, en créant du lien et une vraie dynamique locale.

Quels sont les autres sujets de préoccupations des agricultrices ?
Il y a de nombreux autres sujets sur lesquels nous travaillons. Comme celui de l'accès à la formation initiale. Trop de jeunes filles sont encore orientées dès la 4e dans les collèges agricoles vers les services et non vers la production. Des difficultés de trouver des stages chez les agriculteurs existent également. Il y a un barrage culturel persistant. L'accès au foncier et aux aides financières restent également plus compliqué quand on est une femme. Il va falloir faire évoluer les mentalités.

C'est-à-dire ?
Il faut arrêter avec cette image passéiste de nos grands-mères en tablier avec des sabots. Aujourd'hui, les agricultrices qui s'installent, choisissent ce métier avec une formation supérieure à celle des hommes. Il y a eu une évolution majeure.
La CNA travaille en étroit lien, sur ces sujets, avec Mme Pascale Boistard, secrétaire d'État chargée du Droit des femmes.

Et concernant la prise de responsabilité des agricultrices dans le syndicalisme et plus globalement au sein des OPA ?
Les femmes représentent aujourd'hui un tiers des chefs d'exploitations agricoles. Elles font partie intégrante du paysage agricole actuel. Elles doivent oser intégrer les instances décisionnelles.
Cependant, l'un des freins majeurs à leur prise de responsabilité en dehors des exploitations, reste le manque de disponibilité lié à leurs contraintes familiales. La CNA réfléchit actuellement à des solutions concernant ce point et notamment via le remplacement.

Quelles sont les différences entre homme et femme agriculteurs ?
Les femmes sont plus présentes dans l'élevage, les activités touristiques et celles de vente directe. Elles sont plus impliquées dans la communication autour du métier et des pratiques et notamment avec les fermes ouvertes, la réalisation d'interventions au sein des établissements de formation et dans différents projets tel que celui d'Agri demain.

Quel serait le message que vous voudriez faire passer aux agricultrices ?
Il faut qu'on agisse ensemble. On a remarqué que quand une femme s'exprime pour expliquer son métier, elle est plus écoutée par les médias. Cet été, avant la grande mobilisation du 3 septembre, des agricultrices de 21 départements avaient décidé d'agir auprès des préfets, en parallèle des actions menées par les hommes, pour expliquer que cette crise n'était pas qu'économique mais également sociale. L'impact a été profond, et il y a eu de très bonnes reprises dans la presse. Elles ont un véritable rôle à jouer.

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